Mon atelier de peinture sous marine

L'immersion subaquatique.
 
Moment privilégié et fort que peu de terriens connaissent.
C'est un milieu qu'il faut protéger et respecter car on oublit nos origines.
La mer, elle nous absorbe, nous avale, nous englouti et nous tire vers le fond, mais quel fond ! fond rocheux, fond sableux, sans fond, fond bleu, bleu clair, bleu sombre, bleu imaginaire, bleu sans fin, du bleu, encore du bleu et toujours ce bleu. Tout ce monde se dévoile sous mes yeux à chaque fois.
Ce bleu je le retrouve en fond sur ma toile, c'est la couleur de base que j'ai choisi ou du moins qui s'est présenté à moi parmi les dizaines de tubes de peinture que j'ai dans mon filet. Ce bleu très foncé comme la nuit, celui de Prusse, que j'éclaire de vie fixée avec les grands éventails des mers comme les gorgones, et ces éponges axinelles telles de grands chandeliers jaunes ou de grosses mains qui sortent des failles et peuplent les tombants.
Gorgones et Axinelles éclairent de vie mes toiles.

Le ressenti personnel.

Peindre sous la mer, c'est un voyage merveilleux, nul besoin d'aller profond une dizaine de mètres suffisent.
Je me fond avec le milieu pour devenir un être vivant sous marin benthique face à ma toile.
J'en oublierais presque qui je suis, je m'enfonce dans ma toile, me promène au travers de ce paysage réel ou imaginaire, peu importe, il arrive par le bout de mes doigts pour naître, grandir et se figer sur la toile pour le plus grand plaisir de ces terriens et des plongeurs qui me croisent sous l'eau.
Je voyage dans la toile, toute une histoire se crée, un mystère en découle, quel est ce lieu, quelle profondeur, une ambiance énigmatique en ressort.
Tous les gestes sont lents, posés, et doux.
Je suis tellement bien, calme, apaisée, détendue, tous les bruits autour de moi sont loin très loin, ils ne me gênent pas. Je suis comme dans une immense bulle et l'impression d'être unique, seule et loin de tout, le bonheur.
C'est un moment magique à chaque fois et très difficile à décrire.
Chaque peintre sous marin ressent quelque chose de différent. Chacun sa sensibilité, son expérience, son vécu.

Rencontre avec les poissons.

Les plus curieux sont les poissons, ils osent s'approcher, même très près.

Monsieur Serran Chevrette timide et réservé lui qui ne sourit jamais. j'ai l'impression qu'il fait la mou. Il faisait des allers et retours derrière ma toile, il devait réfléchir et se donner du courage pour venir vers moi et regarder la peinture quand tout à coup il a sorti la tête, m'a regardé quelques secondes c'est retourné et a pu observer l'oeuvre. Ensuite il est rester autour de moi.... J'étais peut être posé sur son territoire !

Dames Girèles, sans gène, viennent tapoter mon masque avec leur museau et me demandent de jouer avec elle, elles sont un peu fofoles, c'est elles qui me rappellent que je suis sous l'eau, un peu énervantes à suivre les gestes que je fais.

Miss Castagnoles, avec leur air ahuri, viennent se mettre en face de moi pour me fixer dans les yeux, j'ai l'impression qu'elles me parlent. Une castagnole a foncé dans ma toile et c'est retournée vers moi, les yeux ronds, la bouche peinturlurée de couleur et battant de ses nageoires, elle a du être surprise de sentir la toile. Je me demande laquelle de nous 2 a été la plus surprise.
Ce jour là, j'ai bien rigolée dans mon détendeur !

Mister Baracuda, tourne autour de moi en passant juste derrière ma toile, avec un air sûr de lui, il me regarde du coin de l'oeil. Sacré baracuda !

Qui a dit que le monde sous marin était le monde silencieux, tout ce petit monde communique entre eux, j'ai l'impression de les entendre, ils émettent comme des cliquetis, comme des petites voix.
En croisant leur regard, j'ai pu voir autre chose qu'un poisson mais des êtres vivants, avec des expressions et des comportements.
A ce moment là, je me suis sentie comme une "alien", une envahisseuse. je confirme bien qu'il faut respecter ce monde aquatique.

Toute bonne chose a une fin.

Voilà cela fait presque 1 heure que je suis sous l'eau posée au fond, le tableau est fini, les girèles et les autres poissons me rappellent qu'il est grand temps de les laisser et de signer ma toile.
J'ai un peu de mal à me décider à remonter, de toute façon je n'ai pas le choix, j'ai consommé l'air de ma bouteille.

Je remballe tout le matériel de peinture....c'est une véritable expédition !

Je gonfle mon gilet et très doucement je décolle sans effort et remonte vers la surface. Petit à petit la tableau fait découvrir ses véritables couleurs, plus vives les unes que les autres, comme quand on plonge sans phare et que tout à coup on l'allume, les couleurs apparaissent.

C'est un moment intense et féérique tout s'illumine. les rayons de soleil au travers de l'eau viennent caresser la toile donnant une impression de réel.
Lorsque le tableau effleure la surface de la mer et que la lumière est franche, c'est flaschi !!! il brille de 1 000 éclats comme un diamand posé sur un gigantesque fond bleu.

C'est magique !
Je voulais faire partager ce moment avec vous qui me lirez.

Patricia Melis

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